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Marlene Dumas, MoMA New YorkfrançaisEnglish


 

Measuring Your Own Grave

Marlene Dumas
Musée d'Art Moderne, New York
14 décembre 2008 - 16 février 2009

-- Debra Wolf


Le monde de Marlene Dumas n'est pas facile. Au contraire, il fait penser à un reflet de la vie contemporaine qui serait à la fois inquiétant, cru, tendre, froid et même sinistre. C'est un mélange troublant qui caractérise la vision du peintre qui approfondit, sans peur, l'identité sociale, raciale et sexuelle.

Ce parcours de 30 ans à travers l'œuvre de Dumas, accueilli au Musée d'Art Moderne de New York et débuté au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles, montre la virtuosité de cet artiste célèbre et provocant. C'est la première fois qu'un si grand nombre d'œuvres est présenté au public américain. En ce sens aussi il s'agit d'un événement, avec plus de 70 tableaux et 35 dessins qui jalonnent le cours de l'œuvre du peintre sud-africain, basé à Amsterdam.

Travaillant à partir de photographies, Dumas transforme ses sujets - bébés, écoliers, mannequins porno, célébrités, terroristes - en leur conférant un aspect parfois monstrueux, mais qui vise à un examen perturbant de la vulnérabilité et de la violence dont le résultat marque notre humanité inattendue ou, parfois, devient un miroir de notre inhumanité. Des bribes d'innocence, d'érotisme, de beauté, de moralité et de mortalité convergent dans un mélange ambigu et irrésistible.

C'est sa maîtrise incontestable de la peinture qui permet à Dumas de nous séduire. Elle met en valeur des couleurs surprenantes, comme le rouge somptueux dans Genetic Longing (1984). Ses compositions sont rebelles et provocatrices comme dans Porno as Collage (1993) et Fingers (1990). Les touches rapides qui donnent au corps humain un effet à la fois animé et fugace créent une belle tension qui perturbe le spectateur, surtout dans ses portraits de la mort comme Dead Girl (2002), Jen (2005) et les cadavres en grand format dont le résultat peut être effrayant, audacieux et parfois, poignant.

Si les portraits directs de la mort font frissonner, c'est également le cas pour d'autres œuvres qui exigent que le spectateur flotte dans l'étroit espace entre la vie et la mort. Par exemple, la série des Modèles (1994), encre et craie sur papier, est d'une éloquence particulièrement remarquable. 100 portraits accrochés en rangs remplissent trois murs d'une salle. Les personnages - jeunes filles et jeunes femmes pour la plupart - révèlent les masques aussi bien que les émotions que l'on imagine : l'ennui, l'acceptation, l'impatience et la contrariété. Un seul visage plus vieux et un portrait de serpent dont les énormes yeux semblent venir en écho des regards des modèles, percent la fluidité des images de peaux lisses. L'effet produit induit un examen relatif de l'individu et des masses, le pouvoir trompeur de toutes images, ainsi que des interprétations de nos habitudes de voir et d'être vu.
 


Installation View of Models (1994). Ink and chalk on paper. 100 drawings, each 24 7/16 x 19 11/16" (62 x 50 cm). Van Abbemuseum Collection, Eindhoven) in the exhibition Marlene Dumas: Measuring Your Own Grave at The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, 2008.
Photo by Brian Forrest.